Dimanche 15 juin 2008
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L’art d’amuser les dames n’est pas aussi futile qu’il semble l’être. Il demande minutie, rythme et organisation. L’homme le plus
distingué pourra se ridiculiser par une anecdote mal placée, alors qu’un homme aux allures négligées provoquera l’hystérie, devant le même public et avec la même plaisanterie. Il convient donc de
savoir manier la verbe avec élégance. Gageons que les gentlemen n’en manque pas.
En soirée
mondaine, il convient tout d’abord de regrouper un nombre suffisant d’oreilles féminines. Une femme de rang ne rit jamais autant que lorsque ses amies l’entourent. Cela lui permet d’exposer son
esprit vif et éclairé. Ainsi, la pintade ne se gausse qu’en troupeau.
Ceci fait,
éloignez au plus profond du salon les hommes. La virilité perturbe atrocement ces dames, toujours à la recherche d’un œil approbateur de leur mari leur permettant de déployer leurs gosiers. De
plus, il est nécessaire d’éloigner la concurrence. Le gentilhomme se doit d’être le seul met offert à ses proies affamées.
Quand tout
ceci fait, les femmes n’auront d’intérêt que pour vous. Elles feigneront discuter entre elles de sujets passionnants, mais elles auront en réalité une attention toute particulière à vos paroles,
les seules qu’elles trouveront digne d’intérêt –je ne vous démontrerez pas que l’amitié entre femme n’est que sombre fumisterie, puisque chacun de vous en est d’hors et déjà convaincus- Notez que
toute l’attention de ces dames a été obtenue sans qu’aucun son n’échappe des lèvres du jeune homme. Le fond a donc une moindre importance qu’on voudrait le laisser croire.
Commencez
votre discours par une anecdote accessible au esprit, partant d’une situation connue. Ces dames ont besoin d’être rassurées dans leurs fors intérieurs. Il est donc primordial qu’elle comprenne
votre mise en bouche. Le récit d’un quiproquo simple fera l’affaire. Si l’effet n’est pas celui escompté, assénez une deuxième attaque de la même trempe. Si vous souriez, elles rieront
facilement.
La
complaisance est votre plus fort atout. Jouez-en franchement, en expliquant qu’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. Elles acquiesceront niaisement, sur quoi vous pourrez affirmer
que vous avez en horreur le rire méchant. Votre blason de gentilhomme en sera redoré, si cela était nécessaire.
Si vous en
êtes capable, vous pouvez glisser quelques mots d’esprits. La plupart ne comprendront pas, mais riront en feignant d’en saisir le sens. Votre esprit sera alors une qualité dont elles ne
douteront plus.
Enchaînez rapidement sur une histoire personnelle où vous apparaîtrez ridicule. Par exemple, quand vous avez cherché votre stylo posé
sur votre oreille. Ces dames aiment l’autodérision. Ainsi elles s’imaginent supérieures, et sont libérées de leurs contraintes bourgeoises. Désormais, attendez vous à des rires éclatants. Gardez
un rythme soutenu.
Toutes les envolées lyriques sont possibles. L’ambiance détendue et vos nouveaux galons dans le monde bourgeois vous le permettent. Ne
perdez pas une occasion de vous valoriser, en dissertant sur des personnages burlesques que vous auriez rencontrés au court d’un fastueux voyage dans une contrée éloignée, comme cet homme qui
partait tous les ans en Australie avec sa femme, Lucette.
Alors, même les blagues enfantines sont permises. Il est d’ailleurs bon de clamer la chute quand les maris reviennent. Ils ne
comprendront pas l’histoire, ces dames seront en liesse, et ils vous jalouseront pour la liberté de ton que leurs femmes vous autorisent. Ainsi, des plaisanteries de Kiwis parlants
ou de poussins de 200 kilos brilleront par leurs simplicités. Ou l’art de comment faire rire avec un esprit limité.